Revitaliser les centres des villes moyennes, une cause perdue ?

Départ des grandes enseignes, taux de vacance commerciale en constante progression, déménagement des établissements publics en périphérie, logements vacants… la vie n’est pas simple pour les commerçants des centres-villes ! D’autant plus pour les communes de moins de 100 000 habitants qui, à quelques rares exceptions près, ont entre 10% et 20% de leurs locaux commerciaux inoccupés (sources PROCOS, Fédération représentative du commerce spécialisé). La lutte contre la désertification commerciale s’organise donc un peu partout en France, les élus et les acteurs économiques tentant de trouver des solutions adaptées à chaque territoire. La preuve par l’exemple, avec Frontignan dans l’Héraut, où la municipalité et un collectif  d’artisans d’art ne manquent pas d’idées pour réveiller le coeur de la ville !

A l’ombre d’un pin parasol, on voit s’étendre au loin, le vignoble, la garrigue et la mer Méditerranée…

Frontignan avec ses 23 000 habitants, jouit d’une situation géographique avantageuse. Entre ses deux célèbres voisines, Séte d’un côté et Montpellier de l’autre, la commune héraultaise possède elle aussi de belles ressources pour défendre son attractivité : un vignoble reconnu internationalement avec son fameux Muscat, des traditions culturelles fortes, un port de pèche dynamique, un port de plaisance à taille humaine et de longues plages préservées. Autre avantage majeur, la ville est bien reliée aux réseaux de transport avec sa gare SNCF en plein centre et l’autoroute A9 à moins de 10 minutes. Ce cadre de vie méditerranéen est quelque peu terni par de grandes friches industrielles en périphérie, témoins d’un passé certes glorieux sur le plan économique, mais beaucoup moins sur le plan environnemental. Après de longues procédures judiciaires engagées par la municipalité, des opérations de dépollution sont en cours et laissent présager de beaux aménagements sur ces espaces naturels avec entre autres, l’installation du futur Pôle d’Échanges Multimodal (PEM) et d’une ferme photovoltaïque urbaine. Notons également, que la typologie de la commune est plutôt singulière, puisqu’elle est constituée de plusieurs secteurs très divers : un centre-ville, des quartiers résidentiels, une zone d’activité portuaire et industrielle, des plages et un port de plaisance.

Une économie en transition

Sur le plan économique, Frontignan a souffert du départ de plusieurs grands groupes des industries pétrolières et chimiques. L’économie se concentre désormais principalement sur le tourisme, la pêche et la viticulture et la ville accueille plusieurs  belles entreprises :

  • La Cure Gourmande avec son réseau de boutiques partout dans le monde (Europe, Amérique du Nord, Asie et Moyen-Orient).
  • La Belle Epoque, biscuiterie artisanale qui produit et commercialise des spécialités typiquement locales.
  • Le déstockeur d’articles de sport d’hiver  Ski Discount France.
  • Hexis, leader mondial du film adhésif destiné à la communication visuelle, à la customisation et à la protection de surfaces.
  • Distrisud, numéro un régional de la distribution et la livraison de produits frais (viandes, produits laitiers et charcuteries) et surgelés.
  • La zone d’activités du Port de Sète-Frontignan accueille des établissements travaillant les produits de la mer : ostréiculteurs (la Maison Tarbouriech) mareyeurs, aquaculteurs et la conserverie Azaïs-Polito.

MARCHE_PAYSAN_MUSCAT- FRONTIGNANL’art, la culture, les traditions, la gastronomie et l’art de vivre méditerranéen en général, sont des atouts sur lesquels la commune peut s’appuyer pour dynamiser son coeur de ville.

 

Panorama d’initiatives menées par la municipalité pour dynamiser le centre-ville :

Au-delà de l’action municipale, des professionnels s’organisent aussi pour relever le défi de l’attractivité de la ville, à l’image du collectif ARTeliers, qui vient tout juste de fêter sa première année d’existence.


ARTeliers Frontignan
, un nouveau collectif  pluridisciplinaire qui ne manque pas d’idées !

ARTeliers FrontignanFondée fin 2016 à l’initiative de sa présidente, Aurélia Gritte, artiste peintre laqueur de profession, l’association ARTeliers rassemble une quinzaine d’artistes et d’artisans d’art en activité sur le territoire. L’objectif premier du collectif est de développer la visibilité artistique et commerciale de ses membres auprès de la population, mais aussi des touristes présents à Frontignan principalement l’été. Dans un premier temps, le collectif va essentiellement s’associer à plusieurs manifestations de notoriété locales ou internationales,  comme le Festival International du Roman Noir et le Festival du Muscat. L’équipe travaille également à l’édition d’un nouveau guide qui intègre les ARTeliers dans la route touristique déjà très riche du Bassin de Thau (patrimoine, architecture et oenotourisme en particulier).

Le mouvement crée la dynamique

Par ailleurs, une autre idée est en réflexion dans le collectif : créer un espace entièrement dédié aux métiers d’art. Un lieu hybride ouvert sur la ville, où l’on trouverait la production des artisans, une pépinière pour accompagner les jeunes créateurs, un pôle évènementiel, une résidence d’artistes, des échanges avec les villes jumelles, une artothèque (location d’oeuvres d’art), des stages d’initiation, un café associatif, une librairie d’art… Bref, un lieu vivant qui pourrait en toute saison participer à recréer une dynamique, en favorisant pourquoi pas, l’installation de nouveaux commerces dans la ville. 

Explorer des nouvelles pistes pour trouver collectivement des réponses à la désertification.

De nombreuses idées sont expérimentées partout en France, certaines ont fait leur preuve et peuvent servir d’inspiration pour d’autres territoires.

  • Créer des passerelles entre l’économie numérique et le commerce traditionnel : deux mondes parallèles qui ont tout à gagner à travailler ensemble.  A suivre, l’exemple de l’application Epicery qui développe un service de livraison à domicile avec des commerçants et des artisans de quartier.
  • Soutenir l’installation de nouveaux commerces avec, par exemple, le dispositif « Ma boutique à l’essai« . Cette initiative lancée en 2013, en partenariat avec les collectivités et les organismes de financement comme Initiative France (premier réseau associatif de financement des créateurs et des repreneurs d’entreprise). Le porteur de projet est accompagné tout au long du processus d’installation. Les expériences menées dans plusieurs villes sont très encourageantes, notamment sur certaines artères qui redeviennent attractives commercialement.
  • S’appuyer davantage sur l’expérience et les compétences des entreprises du territoire qui réussissent. Créer une dynamique collaborative en favorisant les partenariats sur différentes thématiques : marketing, communication, développement commercial,  innovation…

Rééquilibrer l’ensemble du territoire

L’enjeu n’est pas uniquement de sauver un centre-ville mais aussi de réussir à rééquilibrer l’ensemble du territoire. Pour les communes à dimension touristique avec un beau patrimoine, les leviers d’actions sont certes plus nombreux, mais pas forcément plus faciles à manoeuvrer. Ce travail de revitalisation doit être pensé sur du long terme en fusionnant au maximum les forces et les talents présents sur les territoires. 

Richard Préau
Fondateur de la plateforme Mode Made in France.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s